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Publié par Yann Leray

 

Eliphas Lévy nous livre dans l'introduction de son livre :"Dogme et rituel de la Haute Magie" sa vision de la Magie et de l'occultisme. 

En voici les premières lignes :

À travers le voile de toutes les allégories hiératiques et mystiques des anciens dogmes, à travers les ténèbres et les épreuves bizarres de toutes les initiations, sous le sceau de toutes les écritures sacrées, dans les ruines de Ninive ou de Thèbes, sur les pierres rongées des anciens temples et sur la face noircie des sphinx de l’Assyrie ou de l’Égypte, dans les peintures monstrueuses ou merveilleuses qui traduisent pour les croyants de l’Inde les pages sacrées des Vedas, dans les emblèmes étranges de nos vieux livres d’alchimie, dans les cérémonies de réception pratiquées par toutes les sociétés mystérieuses, on retrouve les traces d’une doctrine partout la même et partout soigneusement cachée. La philosophie occulte semble avoir été la nourrice ou la marraine de toutes les religions, le levier secret de toutes les forces intellectuelles, la clef de toutes les obscurités divines, et la reine absolue de la société, dans les âges où elle était exclusivement réservée à l’éducation des prêtres et des rois.

 

Elle avait régné en Perse avec les mages, qui périrent un jour, comme périssent les maîtres du monde, pour avoir abusé de leur puissance ; elle avait doté l’Inde des plus merveilleuses traditions et d’un luxe incroyable de poésie, de grâce et de terreur dans ses emblèmes ; elle avait civilisé la Grèce aux sons de la lyre d’Orphée ; elle cachait les principes de toutes les sciences et de tous les progrès de l’esprit humain dans les calculs audacieux de Pythagore ; la fable était pleine de ses miracles, et l’histoire, lorsqu’elle entreprenait de juger cette puissance inconnue, se confondait avec la fable ; elle ébranlait ou affermissait les empires par ses oracles, faisait pâlir les tyrans sur leur trône et dominait tous les esprits par la curiosité ou par la crainte. À cette science, disait la foule, rien n’est impossible : elle commande aux éléments, sait le langage des astres et dirige la marche des étoiles ; la lune, à sa voix, tombe toute sanglante du ciel ; les morts se dressent dans leur tombe et articulent en paroles fatales le vent de la nuit qui siffle dans leur crâne. Maîtresse de l’amour ou de la haine, la science peut donner à son gré aux cœurs humains le paradis ou l’enfer ; elle dispose à loisir de toutes les formes et distribue comme il lui plaît soit la beauté, soit la laideur ; elle change tour à tour, avec la baguette de Circé, les hommes en brutes et les animaux en hommes ; elle dispose même de la vie ou de la mort, et peut conférer à ses adeptes la richesse par la transmutation des métaux, et l’immortalité par sa quintessence et son élixir composé d’or et de lumière ! Voilà ce qu’avait été la magie depuis Zoroastre jusqu’à Manès, depuis Orphée jusqu’à Apollonius de Thyane, lorsque le christianisme positif, triomphant enfin des beaux rêves et des gigantesques aspirations de l’école d’Alexandrie, osa foudroyer publiquement cette philosophie de ses anathèmes, et la réduisit ainsi à être plus occulte et plus mystérieuse que jamais.

 

D’ailleurs, il courait sur le compte des initiés ou des adeptes des bruits étranges et alarmants ; ces hommes étaient partout environnés d’une influence fatale : ils tuaient ou rendaient fous ceux qui se laissaient entraîner par leur doucereuse éloquence ou par le prestige de leur savoir. Les femmes qu’ils aimaient devenaient des Stryges, leurs enfants disparaissaient dans leurs conventicules nocturnes, et l’on parlait tout bas en frissonnant de sanglantes orgies et d’abominables festins. On avait trouvé des ossements dans les souterrains des anciens temples, on avait entendu des hurlements pendant la nuit ; les moissons dépérissaient et les troupeaux devenaient languissants quand le magicien avait passé. Des maladies qui défiaient l’art de la médecine faisaient parfois leur apparition dans le monde, et c’était toujours, disait-on, sous les regards venimeux des adeptes. Enfin, un cri universel de réprobation s’éleva contre la magie, dont le nom seul devint un crime, et la haine du vulgaire se formula par cet arrêt : « Les magiciens au feu ! » comme on avait dit quelques siècles plus tôt : « Les chrétiens aux lions ! »

 

Or, la multitude ne conspire jamais que contre les puissances réelles ; elle n’a pas la science de ce qui est vrai, mais elle a l’instinct de ce qui est fort.

Il était réservé au XVIIIe siècle de rire à la fois des chrétiens et de la magie, tout en s’engouant des homélies de Jean-Jacques et des prestiges de Cagliostro.

 

Cependant, au fond de la magie il y a la science, comme au fond du christianisme il y a l’amour ; et, dans les symboles évangéliques, nous voyons le Verbe incarné adoré dans son enfance par trois mages que conduit une étoile (le ternaire et le signe du microcosme), et recevant d’eux l’or, l’encens et la myrrhe : autre ternaire mystérieux sous l’emblème duquel sont contenus allégoriquement les plus hauts secrets de la kabbale.

Le christianisme ne devait donc pas sa haine à la magie ; mais l’ignorance humaine a toujours peur de l’inconnu. La science fut obligée de se cacher pour se dérober aux agressions passionnées d’un amour aveugle ; elle s’enveloppa dans de nouveaux hiéroglyphes, dissimula ses efforts, déguisa ses espérances. Alors fut créé le jargon de l’alchimie, continuelle déception pour le vulgaire altéré d’or et langue vivante seulement pour les vrais disciples d’Hermès.

 

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